
Questions et Réponses
Une brève entrevue
avec
Paul Côté et Constantina Mitchell,
auteurs de Winter Passage,
ISBN1-933016-19-1
Ce
n’est pas tous les jours qu’on se met à deux pour écrire un roman. Comment l’idée vous est-elle venue?
Constantina :
Voilà une question qu’on nous pose souvent. Paul et moi, nous collaborons depuis des
années. Jusqu’à récemment, nous étions
tous les deux professeurs d’université à Washington, D.C. Pendant ce temps, nous avons rédigé ensemble
un nombre d’articles traitant de la critique littéraire. Pour notre congé sabbatique, un de nos
projets a pris la forme d’un livre qui explore l’art d’écrire. Nous y analysons les oeuvres de quelques auteurs
français et québécois qui ont marqué l’expression romanesque du 20e siècle. Nous avons également co-traduit, du français
à l’anglais, quatre livres. Après avoir
analysé pendant si longtemps les romans d’autrui, nous avons décidé qu’il était
grand temps d’en écrire un nous-mêmes.
Un partenariat de ce
genre a sûrement des défis particuliers ; batailles territoriales,
conflits d’ego, etc. Comment vous y
prenez-vous?
Paul :
À vrai dire nous
n’avons pas de méthode. Nous commençons
par nous mettre d’accord sur le concept de base. Ensuite, nous entamons un brouillon initial
en rédigeant chacun de son côté des passages.
Une fois que nous avons réussi à pondre quelque chose, nous en faisons
la critique et la révision ensemble.
C’est à ce moment-là que débute le vrai travail. Nous sommes encore très loin du produit
final.
Puisque nous avons
publié des oeuvres indépendamment, nous avons chacun notre approche
personnelle. Mais quand nous
collaborons, le résultat en est une fusion des deux. S’il arrive que nous ne soyons pas d’accord
sur un aspect donné du texte, c’est souvent signe qu’il existe un problème à
résoudre. Alors, nous en discutons et
trouvons une solution à laquelle ni l’un ni l’autre aurait pensé
individuellement.
Batailles
territoriales ? À vrai dire, les
assauts en règle sont rares. Il y a bien
sûr des escarmouches de temps à autre.
Notre but est de créer le meilleur texte possible, donc nous enfermons
provisoirement nos ego respectifs dans un tiroir, pour ainsi dire. L’heure de l’apéro venue, nous sommes
d’habitude toujours de bons amis.
Et en plus, nous sommes encore
mari et femme.
Qu’est-ce qui vous
a poussé à écrire un roman dont l’action se déroule en grande partie à la ville
de Québec au 18esiècle ?
Constantina :
Nous partageons
depuis toujours une passion pour le 18e siècle. C’est une période fascinante de tous les
points de vue : historique, artistique, politique. Le Québec occupe une place spéciale dans
notre imaginaire. Avant d’intégrer nos
postes universitaires à Washington, D.C., nous avions vécu à Montréal pendant
onze ans. Qui plus est, la majeure
partie de nos recherches se concentre sur la littérature et la culture
québécoises. D’ailleurs, en rédigeant Winter
Passage, le Québec commençait à nous manquer tellement que nous sommes
retournés à Montréal, où nous résidons actuellement.
Paul :
Le déclic était une
image visuelle. Le rédacteur d’une revue
académique m’avait demandé d’écrire le compte-rendu d’un ouvrage non fictionnel
qui parlait de l’esclavage au Canada sous le régime français. Il y avait un paragraphe qui décrivait
l’exécution en effigie d’un esclave indien qui avait commis un crime
violent. J’ai tout de suite pensé que
pour un film ou un roman ça ferait une entrée en matière saisissante.
Le
roman relate bien plus que les événements reliés à l’exécution que vous avez
choisie comme point de départ.
L’intrigue est-elle basée entièrement sur des faits réels ?
Paul :
Certains événements ont vraiment eu lieu. Mais nous les avons modifiés pour les
intégrer dans une histoire plus vaste, une histoire qui se veut une
interrogation de la condition humaine.
Nous avons fait des recherches approfondies sur la vie coloniale car
notre intention était de rendre les descriptions les plus exactes que possible
du point de vue historique. Puisque l’un
des personnages que nous avons créés est un baron viticulteur près de
Saint-Émilion, nous sommes même allés à Bordeaux où nous avons suivi un petit
cours d’oenologie. Et nous nous sommes
promenés dans le vieux quartier de la ville de Québec où se déroule la majeure
partie de l’action. On pourrait dire que
l’Histoire sert de toile de fond à la saga d’amour, de meurtre, et
d’asservissement qui est émergée de tout ça.
Nous explorons la question de l’esclavage à plusieurs niveaux : le
phénomène réel et concret de l’esclavage opère comme une métaphore de l’emprise
de la mémoire, du coeur emprisonné.
Avez-vous
été influencés ou inspirés par d’autres écrivains ?
Constantina :
Au cours de nos carrières universitaires, nous
avons lu et analysé l’oeuvre de tant d’auteurs qu’il aurait été impossible de
ne pas être influencés, sciemment ou non, par certains d’entre eux. Écrire est pour nous en quelque sorte une
expression personnelle qui nous permet d’entamer un dialogue avec d’autres voix
littéraires.
Combien
de temps cela vous a-t-il pris pour écrire Winter
Passage ?
Constantina :
À peu près quatre ans. N’oubliez pas qu’à ce moment-là nous
enseignions à temps plein et rédigions des articles sur la littérature. Il était difficile de se ménager des espaces
de temps pour nous concentrer sérieusement sur l’écriture, ce qui est essentiel
au processus créatif. C’est comme entrer
dans un autre monde. Si écrire est une
longue entreprise difficile, c’est aussi une activité hautement gratifiante.
Paul :
Le fait de jeter des idées sur papier ne
représente que le stade embryonnaire—le tout début. On ne peut pas tout simplement écrire la
première chose qui passe par la tête et penser que c’est fini. Chaque mot est d’une importance
primordiale. À notre avis, un roman ne
doit pas se former d’une série d’actes et d’événements auxquels le lecteur est
censé attribuer de façon spontanée une cohérence. Un roman a besoin de structure. Par conséquent, une attention au plus menu
détail s’impose. C’est pourquoi ça nous
a pris si longtemps pour écrire Winter
Passage. Nous voulions donner à ce
roman des résonances poétiques. Nous
avons même lu le manuscrit à haute voix à plusieurs reprises.
Prévoyez-vous
une suite à Winter Passage ?
Constantina :
Absolument.
Une suite ou peut-être quelque chose d’entièrement différent. Nous en discutons actuellement. Même si écrire n’est jamais chose facile,
nous sommes complètement accros. Écrire
c’est ce que nous aimons faire le plus dans la vie—ou presque. Alors, restez à l’écoute !
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